Le libertinage gay : liberté ou esclavage ?

bathousebackroom

J’ai commencé à fréquenter les saunas gay à l’âge de 18 ans. Dès que j’ai eu l’opportunité de fuir ma famille où l’air était devenu irrespirable du fait de leur homophobie, je me suis précipité dans le milieu gay. Je voulais être apprécié pour ce que j’étais, un jeune gay. Quoi de mieux que les saunas ?  Un peu de vapeur, un tour au hammam, et puis au sauna on rencontre un homme séduisant ,on fait semblant de s’aimer et on rentre chez soi avec cette impression d’exister. En écrivant ces mots, je me rends compte que ma vie d’avant était vide et futile…je quittais un enfer familial pour en connaître un autre : l’univers des saunas gay.

 

Les saunas gay sont l’équivalent des clubs libertins hétéros. Il y a peut être moins de prostitution dans les établissements gay, je pense. Enfin, l’esprit est le même :CONSOMMER DU SEXE. Se faire consommer et consommer les autres. J’ai passé 8 ans à arpenter ces saunas, j’y allais chaque semaine, parfois plusieurs fois par semaine quand j’étais stressé et que j’avais besoin d’un câlin. Je me sentais en sécurité dans les bras musclés d’hommes plus âgés. Certes, j’ai connu des moments de tendresse réciproques mais tout n’était que mensonge et désillusion. Je me mentais et on se mentait tous. A 18 ans, j’espérais trouver l’amour dans les saunas, j’ai parfois déclaré ma flamme à des hommes que je connaissais depuis tout juste 2 heures  et cela dans l’obscurité d’une cabine. Naïf, jeune étudiant en souffrance et en manque d’affection, voilà ce que j’étais. C’est à cette époque que j’ai commencé à faire des tests de dépistage du VIH chaque mois de peur d’avoir attrapé le SIDA avec  mes escapades sexuelles hebdomadaires. J’arrivais à concilier la fac et cette addiction au sauna et j’étais plutôt bon élève mais petit à petit les choses ont changé…

 

J’ai commencé à coucher avec des patrons de saunas. Pourquoi ? Je ne sais pas. J’avais l’impression que ça me valorisait. Eux, bien sûr profitaient de leur fonction et avaient perçu ma fragilité et ne manquait pas d’en profiter. Un jour j’ai demandé à un gérant de sauna s’il avait des relations pour me trouver un petit boulot d’étudiant. Il m’a proposé en rigolant de faire la  prostitution à condition qu’il touche un pourcentage bien sûr, à ce qu’il disait il connaissait du monde… même si  je pris cela pour de l’humour, je me demande aujourd’hui s’il plaisantait vraiment. Les patrons de saunas que j’ai rencontrés se définissent pour la plupart comme des gérants de « bordel ». J’ai souvent entendu cela de la bouche même de patrons. C’était bizarre d’entendre cela, je me suis toujours dit que j’étais une pute alors si je venais chaque semaine dans un bordel. Je viens tout juste de regarder sur France 2, dans l’émission « Complèment d’enquête », le témoignage de Rosen, une ancienne prostituée. Elle a prononcé une phrase qui m’a parlée : « J’ai l’impression que j’ai toujours été dans la prostitution ». C’est mon cas également, dans ces saunas, je me suis comporté comme une prostituée et on m’a bien  souvent traité comme un prostitué. Je comprends aujourd’hui pourquoi il m’a été si facile de franchir le pas, tout cela avec mon histoire familiale en toile de fond.

 

Les saunas sont beaucoup fréquentés par des hommes mariés hétérosexuels. Je les adorais à l’époque. Je me disais que si un homme hétéro s’intéressait à moi sexuellement, c’était le signe de ma valeur. J’étais quelqu’un. Ma mère qui disait que je n’étais pas normal, elle avait tout faux. La preuve, l’homme viril hétéro couchait avec moi ! Quoi de mieux pour prouver mon utilité dans la société, je servais à quelque chose. Ma mère m’a souvent dit qu’elle regrettait de m’avoir donné la naissance, dans ces saunas, on me désirait, on me faisait la cour, même pour 5 minutes de plaisir, je prenais ce qu’on me donnait.

Bref, peu à peu, le malaise s’est installé et l’addiction à ces lieux aussi. Après avoir eu des relations sexuelles dans ces saunas, je rentrais chez moi en pleurant. Je me sentais sale et j’avais l’impression qu’on m’avait utilisé. Je me sentais bizarre, mes copains n’avaient pas de regrets moi j’en avais. Je ne comprenais pas ce que je faisais, pourquoi tout ça ? Très vite j’ai compris que l’amour je ne le trouverais pas ici et que les hommes hétéros qui voulaient me prendre pour amant voulaient juste passer du bon temps pour pimenter leur vie. Alors j’ai sombré dans la consommation pure et simple. Le sexe sans sentiments, sans lien émotionnel. J’ai réalisé que lorsqu’on touche au corps on touche à l’âme. J’ai passé huit ans dans ces lieux et aujourd’hui je suis détruis de l’intérieur, je revois ces hommes que je ne désirais pas, j’ai des flashs dans le métro, une sorte de stress post traumatique, des scènes désagréables, des visages, des fantômes…

 

Quand on rentre dans un sauna, on se déshabille  mais on laisse aussi sa conscience et sa dignité au vestiaire. Mon honneur, ma dignité je les ai laissés dans ces lieux. Un jour, un homme blanc âgé et très vulgaire m’a donné une fessée dans le sauna et m’a insulté de salope devant cinq clients. Je lui ai dit qu’il n’avait pas droit de me parler comme ça. Il m’a dit « Sale Asiat, je fais ce que je veux ! ». Le ton est monté, je pensais que les cinq mecs dans le sauna allaient prendre ma défense pour remettre à sa place ce raciste. Eh bien non, ils n’ont rien dit, ils étaient là pour baiser, j’étais naïfs !  Ce type d’incident m’est arrivé plusieurs fois dans ces lieux la et j’ai assisté à la même lâcheté de la part des clients.

Ce vieux blanc m’a harcelé toute la soirée en me disant qu’il payait plus cher que moi et que de ce fait il avait droit de tâter la marchandise. En effet, c’était gratuit pour les moins de 25 ans. Argument commercial de choc pour attirer la clientèle plus âgée. Les jeunes attirent les vieux. Mais sans vieux pas de profit  et pas d’argent, donc on peut pas les virer s’ils sont trop lourds ou franchement menaçants parfois. Tous les saunas font pareil les jeunes paient moins cher. Un jour on m’a dit que si j’étais là c’était pour baiser, ces hommes qui paient plus cher que nous, nous prennent pour des putes gratuites. Un jour deux hommes beurs matures se sont mis à deux sur moi, ils voulaient me tripoter, j’ai refusé. Ils m’ont insulté à deux en disant que si j’étais là c’était pour baiser. Je suis allé me plaindre à la direction, au lieu de les virer, on a calmé le jeu. J’étais bête, sans eux il n’y a pas d’argent . Les jeunes peuvent se faire harceler, c’est pas grave, ça fait partie du jeu, business is business. Ce n’est pas le libertinage gay ou la libération sexuelle homosexuelle, c’est un capitalisme sauvage gay où les petits sont laminés, écrasés et au final exploités.

 

Huit ans à donner mes fesses à des ordures, des paumés, des homos planqués, parfois violents et méprisants. On n’oublie pas, ce sont des bagnes sexuels, des camps. Je restais souvent au rez-de-chausée , je parlais avec le serveur mais  quand des clients arrivaient, le patron me disait de monter me détendre… je ne me suis pas prostitué mais c’était tout comme.

 

Ces saunas gays ont une mentalité de bordel, de maison close. C’était ma famille, le patron était mon mac et avec mes copains blacks, beurs et asiats on jouait les escorts, mais on étouffait tous, c’était un refuge, on était loin de nos familles. Les bulles du jacuzzi et la chaleur du sauna étaient une sorte de cocon et les hommes plus âgés nos pères de substitution ou plutôt des pères incestueux.

 

C’est un miracle que je n’ai pas attrapé le SIDA pendant ces huit ans. L’hygiène est déplorable dans ces endroits. J’ai déjà vu un préservatif usagé flotter dans le jacuzzi…bonjour les risques de contamination.

 

Pour ne pas mourir bête, je suis allé au Dépôt à Paris, la plus grande backroom gay d’europe. Une boîte de nuit avec un espace de consommation sexuelle et des labyrinthes. Je suis resté au bar tellement j’avais peur. Je me faisais la réflexion pourquoi ces labyrinthes obscurs et glauques trônaient dans tous les saunas ? Le noir, l’obscurité, ne pas voir les gens et baiser avec des  hommes qu’on ne voit pas… c’est la deshumanisation complète, on est que des corps, des bouts de viande, plus besoin d’avoir un visage, le reste fera l’affaire. Parmi la clientèle une grande proportion de blacks de banlieue, des immigrés comme moi assis là à attendre que ça se passe et à consommer. Ca m’a rendu triste, c’est ce que la communauté gay propose aux gays précarisés déclassés, le sexe à volonté dans des lieux glauquissimes. Je pense qu’on devrait créer d’autres lieux de sociabilité LGBT où on pourrait communiquer autrement.

Ils sont peut être addict au sexe comme moi ? Qui sait ?  Ce que je sais moi, c’est que je regrette ce passé. J’ai gâché ma jeunesse dans ces saunas. Il n’y a rien de libérateur dans ces lieux soi disant libertins. On y croise des types comme DSK, cyniques, froids et arrogants ou bien des mecs complètement paumés ou des addicts comme moi qui viennent s’étourdir pour oublier la dureté de la vie.

Les saunas sont des boucheries, on y pratique l’abattage à la chaine. Notre sang coule dans l’indifférence générale. Les contaminations VIH  chez les gays ne cessent d’augmenter année après année malgré le travail « si efficace » d’ACT up et AIDES et les jeunes gays sont les plus touchés par ces nouvelles contaminations. Bref, ces lieux sont dangereux pour les gens fragiles comme moi, les autres qui ont la tête sur les épaules, pas de problème… je ne veux pas les interdire mais si on m’avait dit la réalité et présenté l’envers du décor je n’y serais jamais allé le jour de mes 18 ans…

 

PS :  Spécialement pour Act up et AIDES qui défendent avec bec et ongle Eric zemmour  et les 343 salauds et autres phallocrates sexistes ainsi que les clients « inoffensifs » qui je le rappelle sont les principaux coupables de violences envers les prostituées : Au lieu de distribuer des capotes et de ne faire que ça, parce que vous ne faites que de la distribution. Parlez un peu d’addiction sexuelle et de bien être. De nombreux gays sont devenus séropositifs car ils étaient dépendants sexuels auparavant. Vous ne traitez le problème qu’en aval, du coup, votre travail est insuffisant. Les premières victimes sont les jeunes gays. Aussi bien sur la prostitution que sur la santé sexuelle des gays, l’expertise d’Act up et d’AIDES est catastrophique, il n’y a qu’a consulter l’enquête PREVAGAY, et concernant les prostitués, je demande solennellement à ACT up, au STRASS et AIDES d’aller voir les jeunes du Refuge ( association venant en  aide aux  jeunes LGBT  virés de chez eux)  qui pour certains sont passés par la prostitution et de leur dire yeux dans les yeux qu’il défendent les clients de la prostitution. Si c’est ça votre vision pour la jeunesse LGBT vous êtes à côté de la plaque. A bon 

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Une réflexion au sujet de « Le libertinage gay : liberté ou esclavage ? »

  1. A reblogué ceci sur irréductiblement féministe ! and commented:
    le 3ème article toujours aussi pertinent et qui se recoupe avec les nombreux témoignages que j’ai pu recueillir lors de mon engagement au CLGBT et ailleurs, il serait temps que les associations de santé communautaires se remettent en question et agissent dans l’intérêt des jeunes et de tous et toutes

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