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La Pornographie m’a tué : analyse féministe par un gay issu des minorités ethniques

SPCUn beau jour  que je faisais l’amour avec un amant, celui-ci me crie au visage : « Sale chienne, tu aimes ça !  ». J’étais  sûr qu’il avait vu ça dans un film X et qu’il essayait de le reproduire avec moi. Me sentant insulté, je lui ai donné une claque, mais d’après sa réaction, il n’avait pas compris que ses paroles m’avaient blessées. C’est ça la sexualité gay ? Se faire traiter de salope au lit parce qu’on est passif ? Moi qui pensait que la sexualité gay était plus égalitaire que celle des hétéros, que les distinctions de genre avaient subitement éclatées lors de la révolution sexuelle, qu’entre gays il n’y avait pas de rapport de domination puisque par définition les masculins s’annulent, donc exit la Domination masculine et le patriarcat si cher aux féministes. Ce post a pour objet d’analyser le porno gay et ses représentations stéréotypées et l’influence qu’il a sur notre communauté. Etant  moi même un gay de gauche issu des minorités visibles je ne suis pas pour la censure mais pour une critique constructive  du porno gay. Le féminisme doit se pencher sur la pornographie.  Je pense que personne ne l’avait fait en France chez les LGBT. Bref, après cet événement pour faire comme tout le monde, moi aussi j’ai regardé du porno à haute dose jusqu’à en devenir complètement accro…

J’aime passer par le témoignage pour parler de sujets théoriques car les trajectoires personnelles sont  traversées par des changements sociétaux. J’ai une histoire  précoce avec le porno gay, les vidéos pornographiques furent ma première rencontre avec la sexualité homosexuelle. J’ai commencé à en regarder à 14 ans, aujourd’hui  en moyenne, les enfants sont en contact avec des vidéos porno dès l’âge de 11 ans.  Ma sexualité a été construite par le porno.  Aujourd’hui je vois les dégâts que ça a occasionné dans ma vie sentimentale, sexuelle et affective.  Au fil des années je suis devenu complètement addict,  je pouvais passer toute une nuit à regarder des vidéos sur le net avec une escalade vers des choses de plus en plus sordides. Passer de six à dix  heures devant du porno était devenu mon shoot hebdomadaire. Une véritable drogue, une addiction. Le passage très court par la prostitution n’y est pas étranger, le porno enlève à force toute barrière et toute notion de dignité corporelle et psychologique. Avec les hommes, j’étais une marionnette après avoir regardé du porno, je faisais ce qu’ils voulaient, je prenais des risques par rapport aux MST, j’ai attrapé plusieurs fois des maladies vénériennes. Je pensais que le sexe c’était ça pour un passif, se faire traiter de salope au lit  par l’actif et être soumis sans afficher de la complicité ou même  un sourire. Subir pour survivre et  pouvoir exister même si  c’était en  tant qu’objet sexuel, c’est mieux que l’homophobie.

Au fil du temps, le porno m’a dévoré. Quand j’avais une relation sexuelle avec un homme, je n’arrivais plus à être dans l ‘instant, à être connecté à mon partenaire, je faisais comme une pornstar gay passif, machinalement je prenais les poses d’acteurs X sans m’en rendre compte. J’étais un zombie au lit, ça n’était plus moi.  J’ai commencé à comprendre que j’avais un problème. Aujourd’hui je suis en train de décrocher peu à peu mais c’est dur, une addiction de plus de dix ans est difficile à éliminer.   J’ai l’impression qu’on m’a volé ma sexualité. Le porno a été pour moi le moyen d’ échapper au stress que je ressentais chez moi avec mes parents homophobes. Je m’évadais dans des mondes virtuels et pornographiques. Aujourd’hui, j’ai une tout autre vision du porno car j’ai plus de recul sur la chose et mes comportements comme avec la prostitution.

J’ai regardé beaucoup de porno hétéro aussi, car je m’identifiais aux femmes et je fantasmais sur les hommes hétéros. Pourquoi du porno hétéro et pas du porno gay ? Le porno hétéro est tout ce qu’il y a de plus dégradant, répugnant et violent pour la femme. La violence verbale est quasi systématique, la violence physique permanente et l’humiliation fait partie de tous les scénarios. La pornographie hétéro c’est l’histoire d’un viol qui est raconté à chaque fois d’une autre manière. En tant qu’enfant battu, je m’identifiais beaucoup avec ces actrices X qui semblaient prendre du plaisir dans l’humiliation et la brutalité masculine. Suite à ma psychothérapie j’ai compris que j’avais érotisé ma maltraitance datant de l’enfance. Les coups portés par ma mère, l’humiliation, les tortures psychologiques subies en raison de mon côté efféminé étaient tellement insupportables que mon psychisme a  érotisé ces traumatismes. Quand je voyais à l’écran une actrice X se faire insulter, humilier par plusieurs hommes je me voyais moi à sa place recevant la même violence. 90% des prostituées ont été victimes d’abus sexuels ou de traumatismes durant l’enfance, je fais partie de ces 90%. On survit comme on peut avec son passé.

Il n’y a rien à garder dans le porno hétéro, vraiment, c’est le seul lieu où les hétérosexistes peuvent encore avoir l’impression de dominer les femmes comme au temps où le viol n’était pas un délit mais une coutume.  C’est leur jardin secret où ils cachent leurs petits privilèges du passé.

Quant au porno gay, certains disent qu’il est différent du porno hétéro car il n’y a pas de rapports de domination entre hommes. Quelle escroquerie !  En tant que passif efféminé je sais qu’il y a des rapports de domination entre gays. Le nombre de fois où je me suis fais traiter de « salope », « chienne », « tapette », « grosse passive » par des gays est absolument incalculable. Le mépris qu’affichent certains actifs à l’égard de passifs est le même que certains machos éprouvent à l’égard des femmes. Il y a bien un sexisme chez les gays. Tout ce qui est trop féminin est méprisé, rabaissé. Dans le porno gay c’est pareil. Les passifs sont traités comme les femmes dans le porno hétéro, insultes, crachats, claques, humiliation, tout y passe.

Venons -en à mon sujet favoris, les minorités ethniques dans le porno gay. Pour remettre les pendules à l’heure, le porno hétéro est raciste. Les représentations stéréotypées des noirs et des beurs sont absolument insupportables. Ce sont soit des voleurs soit des brutes épaisses  qui se comportent comme des sauvages. Si représenter des noirs comme ça n’est pas raciste alors il faudra m’expliquer. Vous voulez un scoop ? Le porno gay est lui  aussi porteur de préjugés ethno-raciaux datant du temps colonial. Il n’y a qu’à aller voir le site porno Citebeur, où on retrouve des gays de banlieues hypersexualisés  qui jouent les bad boys et aux pseudo-délinquants. Il y a systématiquement des scènes de faux viols, du sexe forcé. Moi ça me dérange. Le réalisateur Cadinot filmait aussi des scènes de viol. Pendant des années, on n’a pas osé critiquer le porno gay. Pourtant la violence conjugale au sein des couples gays existe bel et bien. Les violences sexuelles, le viol conjugal, la violence conjugale tout court je connais aussi. On n’en parle jamais chez les gays. Pourquoi ? Ca n’existe pas ? Le porno fait croire à certains hommes que NON veut dire OUI. Ils le reproduisent avec leur partenaire dans la réalité dans la chambre à coucher…ça j’ai connu aussi.

Aujourd’hui, moi, je n’ai pas envie que  mon  futur copain me force à avoir un rapport sexuel comme dans les pornos, je ne souhaite pas être insulté quand je fais l’amour non plus. Pour résumer, l’industrie pornographique est raciste, sexiste et homophobe. Oui, homophobe car elle opère une hiérarchie entres les gays qui se comportent comme des hétéros et les « tapettes » comme ils disent qui jouent bien souvent le rôle de passifs. Les rôles sexuels sont genrés et stéréotypés avec tout un symbolisme sexiste, phallocrate et bien souvent néocolonial.

C’était un petit coup de gueule spontané. C’est un blog de témoignage, j’avais besoin de raconter mon histoire. Je suis devenu féministe car je voulais être respecté par les hommes en général et par mon futur copain. Je ne suis pas un objet sexuel, je suis une personne avec des sentiments et des émotions ainsi qu’avec une intégrité corporelle.  J’ai décidé d’arrêter de regarder du porno, je fais une distinction entre pornographie et érotisme. L’érotisme est bon et beau et respectueux de la subjectivité de chacun.  Personne n’a le droit de me faire du mal, je ne serai plus esclave de l’industrie pornographique hétéro ou homo, c’est pareil, je veux créer ma propre sexualité, la mienne, je suis assez intelligent pour savoir ce que je veux, non mais !