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Un jour l’homme que j’aimais m’a étranglé

strangulation

Le premier amour de ma vie, un homme plus âgé que moi mais tendre et intelligent m’a fait subir une violence dont je me rappelle encore aujourd’hui. Il m’a étranglé…

 

Pourquoi ? Encore aujourd’hui je n’ai pas réponse. Je l’ai quitté il y a trois ans mais je fais encore des cauchemars et quand je repense à cet événement ou quand je croise cet ex par hasard, je me mets à avoir des crises de pleurs.  C’est fou ce que les violences du passé marquent l’esprit et le corps, je sens encore ses mains sur mon cou. J’étais allongé sur  le lit chez lui et soudainement il a tenté de m’étrangler, j’ai senti ma vie défiler. Je ne pouvais rien faire, il pèse le double de mon poids et est beaucoup plus fort que moi. Il m’a relâché et je suis resté dans le lit sidéré, abasourdi. Il a rigolé, ma peur l’a fait rire. Ensuite, il m’a fait l’amour d’une manière violente. J’ai tenté de lui parler après l’acte, je voulais lui faire comprendre que je ne voulais pas être traité comme ça. Mais il a objecté qu’il n’avait pas le temps et qu’il était fatigué, il voulait en reparler le lendemain. En plein milieu de cette nuit, j’ai eu des crises de larmes, je suis sorti de la chambre à coucher pour pleurer dans le salon. Il n’est pas venu me consoler, il m’a laissé seul avec mes sanglots. Après avoir bien pleuré je suis retourné me coucher, il n’a rien dit.

Le lendemain, je suis rentré chez moi et je lui ai envoyé un mail en lui disant qu’il avait été violent  et qu’il n’avait pas le droit de faire ce qu’il m’a fait. Je lui ai reproché de m’avoir laissé pleurer alors qu’il était mon compagnon. Il m’a répondu que j’étais un petit garçon et que j’étais trop sensible, mes crises de larmes étaient celles d’un bambin, il fallait laisser passer. Il m’a souvent fait la remarque  que nous les asiatiques, nous étions enclins à pleurer, selon lui, nous étions hypersensibles de part nos origines. Je lui ai parlé de l’étranglement mais dans ses réponses il n’en parlait jamais. C’était comme si ça n’avait jamais existé. A l’époque, j’étais complètement dans la dépendance affective, j’avais besoin d’une présence paternelle, un père de substitution. Mes parents étaient distants et ne m’acceptaient pas en tant qu’homosexuel. Je n’avais que lui dans ma vie, je l’admirais, il était tout pour moi, sans lui je ne me voyais pas continuer à vivre.  J’étais aveuglé et j’ai tout accepté. Comme tous les hommes violents, mon ex a tenté de me rendre responsable de cet acte en me disant que c’est MOI qui était trop sensible, c’est le fameux transfert de culpabilité.

J’ai réalisé que cet homme était un pervers narcissique. Il ne ressentait pas d’empathie quand je souffrais. Ma mère qui était sensé m’aimer m’a battu, l’homme qui était mon premier amour m’a étranglé. C’était mon destin, semble-t-il, la violence. J’avais l’impression que j’attirais la violence à moi. Je suis resté pendant un an avec cet homme malgré cet acte de strangulation. Je n’en ai jamais plus parlé avec lui. A l’époque, j’ai préféré enterrer cet événement pour continuer à vivre, ma vie était assez difficile comme ça. Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir porté plainte. J’étais un zombie, une loque, on pouvait me maltraiter, me mépriser, je ne réagissais pas. C’est tout ce que j’ai connu dans ma vie la violence physique. Ma mère me disait que lorsqu’elle me voyait elle avait envie de me frapper. Elle ne s’en est  pas privée. Je m’en veux aujourd’hui d’avoir été aussi faible avec cet ex. J’ai capitulé devant sa violence, j’avais tellement peur de lui.

 

Peu à peu la situation s’est aggravée. Il devenait humiliant, il prononçait des paroles blessantes et j’avais droit à des humiliations en public. Il m’insultait souvent devant des passants et ne s’excusait jamais. Je pensais toujours que ç’était de ma faute. Il était très manipulateur et convaincant. Il a su exploiter ma fragilité avec brio. Quand il s’énervait j’avais vraiment peur, il frappait dans les meubles. Un jour je l’ai quitté définitivment, j’ai senti que la prochaine chose qu’il allait frapper ce ne serait plus un meuble mais moi. J’ai pressenti les choses.  Ma dépendance affective m’empêchait de le quitter, je l’avais quitté 7 fois mais à chaque moment je revenais irrémédiablement vers cet homme violent. Violence verbale et physique, manipulation, mépris, la violence conjugale je l’ai vécue dans ma chair. Certes, je n’ai pas eu de bleus mais cet homme me faisait peur, je n’osais plus parler, me justifier, je me taisais, j’avais peur qu’il me frappe dans un accès de colère. Son caractère imprévisible était menaçant. Tout pouvait arriver.

Même si j’avais porté plainte suite à cet acte de strangulation. Il aurait gagné. Il était plus riche  et il avait les bons réseaux de soutien. Je n’aurais pas pu payer les frais d’avocat sans compter les preuves qui sont difficiles à établir.

La violence conjugale existe dans les couples gay mais c’est un grand tabou. Les lesbiennes ont crée des groupes pour en parler mais chez les gays c’est LE SUJET dont on ne parle pas. Un vieux résidu machiste qui voudrait qu’un homme  ne soit jamais victime de violences ? Un peu oui !

Après trois ans de reconstruction après cette rupture, j’ai ressenti le besoin de partager cet événement. J’ai contacté une ligne d’appel pour femmes battues et j’ai raconté mon histoire. Ca m’a fait du bien que quelqu’un au moins me reconnaisse comme victime. L’écoutante m’a rassuré. Les gays victimes de violence peuvent appeler ces lignes d’écoute, elles ne sont pas réservées aux femmes mais aux victimes de violences conjugales en général, c’est ce que m’a dit  la  femme qui m’a parlé.

Avec mon psychologue j’ai essayé de travailler sur cet événement. Pourquoi m’a-t’il étranglé ? Je me pose encore la question. De sa part, je n’aurai pas de réponse je le sais aujourd’hui. Nous n’avions pas de jeux sadomasochistes ensemble. Mon thérapeute pense qu’il s’agit d’une personnalité à tendance sadique. Il prend du plaisir dans la souffrance de l’autre. Sauf que moi je n’étais pas consentant et j’ai vraiment eu peur. Jamais dans ma vie je n’avais  pensé qu’un homme prendrait du plaisir à étrangler  quelqu’un, a fortiori mon ex-compagnon. On m’a aussi parlé de l’étranglement à visée érotique, l’asphyxie aurait des effets aphrodisiaques. Mais jamais je n’avais été d’accord pour faire ça.

 

Je dois vivre avec ça aujourd’hui, je n’aurai jamais de réponse ni d’excuses de la part de cet homme ni de procès. Rien… un non événement. Aujourd’hui je sais détecter les hommes violents et dès le premier signe je partirai en courant. Je sais aussi que j’ai le droit au respect dans une relation de couple. Rien ne justifie la violence, absolument rien.